
Sept concerts en neuf
jours ! La tournée de
l’APO – Armenian Philharmonic
Orchestra –
comme il est désigné sur son
site internet, constitue un
des temps forts de l’Année de
l’Arménie, tant par la performance
physique qu’artistique
demandée à ses 120
musiciens. L’excellence de sa
prestation laisse au public
une grande impression.
De Nice, le 6 février, à Paris, le
14 février, en passant par la
Vendée, Saint-Etienne, Lyon,
Valence et Marseille, l’accueil
réservé dans chaque ville a été
à la mesure de l’événement :
• A Saint-Etienne, samedi 10 février, l’orchestre jouait devant une salle comble de 1200 personnes, lors d’une soirée de gala, point d’orgue d’une journée de visite de l’ambassadeur d’Arménie en France, Edward Nalbandian, reçu par le sénateur-maire de la ville, Michel Thiollière et son adjoint à la Culture, Archam Sivaciyan, dans le très beau cadre de l’opérathéatre Massenet.
• A Lyon, dimanche 11 février, c’est l’Auditorium Maurice Ravel, qui recevait la formation avec le soutien de l’UGAB, présenté par son président local, Michel Sandjian.
• A Valence, lundi 12 février,
respectant la halte traditionnelle
des voyageurs vers le
midi, c’est également le
président de l’UGAB local,
Philippe Panossian, qui
soulignait la mobilisation
générale de toutes les
énergies valentinoises pour
permettre la venue de
l’orchestre, en présence du
Maire de Valence, Mme Lena
Balsan, du Président du
Crédit Mutuel, M. Hummel,
et des différents partenaires.
La salle du Théâtre « Bel
Image », qui contient mille
personnes est pleine .
Si le programme musical de
l’orchestre, mis au point en
concertation avec Mme Nelly
Tardivier, commissaire de
l’année de l’Arménie, avait la
même trame, à savoir :
• en première partie, ouverture
des « Vêpres Siciliennes »
de Verdi et un concerto avec
soliste,
• en seconde partie, la 2e symphonie
d’Aram Khatchaturian,
les trois concerts des 10, 11
et 12 février permettaient de
découvrir successivement l’un
des trois solistes de la tournée :
• A Saint-Etienne, le jeune Sergeÿ Khatchatryan, 22 ans, dans le concerto pour violon de Sibelius,
• A Lyon, le pianiste Vahan Mardirossian, dans la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Serge Rachmaninov,
• A Valence, le pianiste Vardan Mamigonian, dans la même oeuvre.
Sergeÿ, le ténébreux
L’interprétation de Sergeÿ
Khatchatryan, dans son
concerto fétiche, laisse les
auditeurs sans voix, mais pas
sans réaction. En fait, la salle
explose dans un tonnerre
d’applaudissements dès la
fin du premier mouvement,
puis à la fin du second.
A l’image des milanais, lors
du concert de réouverture de
la Scala en décembre 2004,
avec le même Sergeÿ, le
même concerto et l’orchestre
national de France dirigé par
Kurt Masur, le public stéphanois
n’a pas pu retenir son
enthousiasme.
L’oeuvre sublime du compositeur
finlandais servie par la
finesse de jeu et le sens
musical aigu du soliste
exercent toujours la même
fascination.
Vahan ou le bonheur
Vahan Mardirossian, en
grande forme lui aussi,
embrase le clavier avec une
légèreté enchanteresse, qui
contraste avec son physique
de gros chat facétieux, pour le
plus grand bonheur des
spectateurs.
Il renouvellera sa performance
à Marseille. Il faut
dire que l’oeuvre est envoûtante.
Composée en 1934
aux Etats-Unis, elle est
connue du grand public
grâce à sa 19e variation, qui
s’écarte totalement du
thème du 24e Caprice de
Paganini, pour exprimer un
romantisme qui n’appartient
qu’à l’âme russe. C’est
de loin la plus connue des
variations, sinon de l’oeuvre
de Rachmaninov.
Vardan, le structuré
Il donne à Valence le même
concerto que Vahan, mais
dans un tout autre style. Son
phrasé est architecturé et
romantique à la fois. C’est la
même pièce, mais un autre
concert : Plaisir sans fin du
renouvellement de l’écoute.
Pour reprendre le mot de
Rubinstein : « C’est cela qui
vous fait sortir de chez vous
pour aller entendre un
musicien, au lieu de rester
dans vos pantoufles à écouter
un disque ! »
Cette remarque vaut également
pour la pièce de
seconde partie de programme
: la IIe Symphonie
d’Aram Khatchaturian, où
chacune des trois éxécutions
que nous avons entendue,
était une redécouverte..
Pièce idéalement choisie,
car elle est un des morceaux
de bravoure de l’orchestre.
Tout d’abord, quelques mots
sur l’oeuvre, très appréciée
des musiciens en général
pour sa grande richesse
sonore, mais assez peu
connue du grand public en
France.
Des trois symphonies écrites
par A.Khatchaturian, c’est la
plus réputée. Composée dans
l’été 1943, elle évoque
l’épopée héroïque du combat
pour la liberté et l’indépendance
de la Patrie, la noblesse
de l’exploit accompli par le
peuple, ainsi que le patriotisme
des soviétiques.
C’est une oeuvre monumentale,
profondément dramatique,
toute en contrastes
émotionnels. L’idée lui en vint
au début de la guerre, aux
heures héroïques de la bataille
de Moscou.
Elle fut donnée en première
audition le 30 décembre 1943
dans la grande salle du
conservatoire de Moscou. Le
public l’accueillit très chaleureusement
et, en 1946, le Prix
d’Etat fut attribué à cette IIe
Symphonie.
Bien qu’écrite par un artiste
soviétique, l’oeuvre est profondément
arménienne par l’utilisation
des thèmes du
folklore arménien, différant
ainsi de la 7e symphonie de
Chostakovitch dite « Leningrad
», évoquant également
le drame de la guerre.
Dans le premier mouvement,
on reconnaît le thème
de la chanson arménienne
« Que pleures-tu, ma chérie »
Le 2e mouvement évoque le
repos après la tension des
combats.
Le 3e mouvement est un
grandiose cortège funèbre,
un requiem à la mémoire
des héros, sur le thème de la
chanson populaire « Voskan
Aghper », complainte d’une
mère voulant avoir des
nouvelles de son fils parti au
combat. On y entend à plusieurs
reprises la cloche du
tocsin, symbole éminemment
chrétien.
Le 4e mouvement représente
le dénouement du conflit
dramatique et la victoire
finale du peuple soviétique
qui mène un combat sacré.
Chacune des trois éxécutions
de l’oeuvre fut particulière, ne
serait-ce que par la différence
d’acoustique de chacune des
salles. Une mention particulière
pour le concert de
Valence : le chef d’orchestre
Alexandre Siranossian est
dans la salle. Il connaît bien le
Philharmonique d’Arménie,
pour l’avoir dirigé plusieurs
fois depuis 1977 Ã Erevan, et
notamment pour la création
mondiale de la Symphonie
italienne de Vincent d’Indy
(1851-1931), compositeur
originaire de l’Ardèche, l’un
des fondateurs, avec Saint
Saëns, de la Schola Cantorum.
C’est à la Schola Cantorum
qu’ il accueillit Komitas
dans les années 1901-1902.
Le soutien de l’UGAB
Ainsi, l’Orchestre d’Arménie
vient à la rencontre du lieu
d’origine de l’homme dont il a
créé une oeuvre à des milliers
de km de là . C’est peut-être
pourquoi les musiciens de
l’APO donnèrent à Valence,
probablement sans en avoir
conscience, une interprétation
encore plus retentissante
de la Symphonie de
Khatchaturian !
C’est ce que ne manque pas
de dire Alex Siranossian Ã
son jeune confrère Eduard
Topdjian, lors de la réception
très sympathique qui
suit le concert. Les deux
hommes se connaissent
bien, puisque A. Siranossian
a également souvent dirigé
l’orchestre de chambre
Serenata créé en 1993 par
Eduard Topdjian.
Ce dernier offre au public, en
remerciement pour son
accueil chaleureux, tout
comme à Saint-Etienne et
Lyon une magnifique « Danse
du sabre » et un non moins
flamboyant « Mascarade », du
même Aram Khatchaturian.
A Marseille, l’auditorium du
Parc Chanot est comble pour
accueillir l’orchestre et Vahan
Mardirossian. Comme Ã
Lyon et Valence, le concert
est organisé par l’UGAB, ici
présidé par Bernard Besoyan
et soutenu par le Conseil
général de Jean-Noêl Guérini,
et en présence du député
M.Masse, rapporteur de la loi
de janvier 2001.
L’UGAB, qui est le plus gros
soutien financier de l’orchestre
en Arménie depuis 1991, est
également un des principaux
mécènes de cette tournée.
Pour conclure en beauté, la
dernière représentation de
l’orchestre a lieu en région
parisienne à Issy-les-Mx avec
une nouvelle performance de
Sergeÿ Khatchatryan, que la
salle, pleine à craquer, rappelle
sans fin, laissant à chaque
spectateur le souvenir d’une
tranche de vie inoubliable.
En remerciement, Sergeÿ
donne en bis les « Miniatures
arméniennes » d’Alexandre
Spendiarian, fondateur de
l’orchestre qui l’a accompagné.
Auparavant, André
Santini, député-maire d’Issy les Moulineaux, avait introduit la
soirée, en présence du « Tout
Paris » et de Mme Nelly
Tardivier, Haut Commissaire
de l’Année de l’Arménie. â–