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Nouvelles d’Arménie Magazine N°127

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Sergeÿ Khatchatryan, un virtuose éblouissant - Nouvelles d’arménie n°127

Un virtuose éblouissant

Son dernier CD sur Chostakovitch enflamme la critique. Une étoile est née.

L’enregistrement de son dernier CD – les deux concertos pour violon de Chostakovitch – a été salué comme une version majeure de ces oeuvres. (NAM – décembre 2006) . La 1ère revue américaine de musique classique Gramophone indique : « Dans cette année Chostakovitch, il est impossible de ne pas remarquer – au milieu des si nombreuses versions de ces oeuvres produites en 2006 – celle, si intense, de Sergeÿ Khatchatryan, qui joue avec un lyrisme si ardent et si concentré »
Ce CD vient clôturer une année 2006 riche , en particulier, d’une tournée dans les grandes villes des Etats-Unis avec l’orchestre philharmonique de Londres et le chef d’orchestre allemand Kurt Masur. Après un solide début de carrière, - il remporte en décembre 2000, à l’âge de 15 ans, le 8e concours Jean Sibelius à Helsinki, dont il est le plus jeune lauréat de tous les temps, ce qui lui ouvre les portes du Royaume-Uni - il se produit, dès mars 2001, avec l’English Chamber Orchestra, le Royal Philharmonic Orchestra, le Philharmonique de la BBC, le non moins célèbre Philharmonia et le London Philharmonic !

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DR. Philippe Gontier
En mai 2005, Sergeÿ remporte le très prestigieux concours Reine Elisabeth de Belgique.

Je suis là pour moi-même

En mai 2005 – il a 20 ans – alors que sa carrière est largement lancée, il se remet en cause et participe au concours Reine Elizabeth de Belgique. La veille de la finale, Le Soir de Bruxelles, en la personne de son critique musical Yves Hompech, l’interviewe au fond d’un des caboulots qui fait face au Palais des Beaux-Arts, et le félicite pour sa prestation de la veille en demi-finale : « Sergeÿ, contrairement à sa réputation de sale gamin soi-disant sûr d’avance de l’emporter, a les yeux qui se baissent, abandonnant un thank you empourpré . “Comme vous, mon agent m’avait averti que je risquais d’écorner mon image si je ne devais pas l’emporter, nous précise-t-il. Mais peu importe, je ne suis pas là pour ma carrière, mais pour moimême, pour me faire connaître du public et du jury”. Il ne ment pas. Sa prestation de jeudi soir est encore trop fraîche pour qu’il nous mène en bateau. Alors que cette session commençait méchamment à s’enliser, on a soudain entendu de la musique, chantée avec une sorte d’évidence dans la construction et en même temps transfigurée par une spontanéité, un élan, un coup de génie, comment dire ? » « La structure vient des oeuvres, commente-til. Je travaille très fort la question, notamment en lisant sur les compositeurs. Mais une fois sur scène, il arrive quelque chose qui n’a plus rien à voir avec ce qui se passe à la maison ou devant un professeur. Ce n’est pas que je perds le contrôle, mais il arrive quelque chose de spécial. Ce supplément d’âme tient aussi à la beauté sonore de son superbe Guadagnini de 1773. Mais laissons là l’instrument, s’empresse- t-il d’ajouter. La sonorité, c’est la première chose qu’on travaille avec la justesse. J’ai commencé à travailler à cinq ans, lorsque j’ai troqué le piano, que tout le monde jouait à la maison, contre le violon. La sonorité finit par révéler la part la plus intime de vous-même. Pour moi, c’est le noir.Mon caractère, c’est Chostakovitch, c’est Brahms. Vous ne pouvez pas le voir quand vous me rencontrez dans la rue, mais quand je joue, c’est cela qui sort. Je cherche toujours une sonorité douce, chaude, à la manière de Kreisler. Plutôt çà qu’un son puissant, plus racoleur, comme j’en entends souvent. Le violoniste arménien n’est pas tendre avec ses contemporains qu’il juge guidés par la technique et non par l’âme »

Hors concours

Le lendemain, il remporte le premier prix, presque « hors concours », en exécutant le premier concerto de Chostakovitch, et se voit attribuer, en plus du Prix, la disposition pour une durée de 4 ans, du violon Stradivarius « Huggins » de 1708 prêté par la Nippon Music Foundation. En 2006, Kurt Masur, 80 ans, qui a toujours contribué à faire connaître les jeunes talents – il a déjà fait confiance à Sergeÿ en décembre 2004 pour jouer le concerto de Sibelius lors du concert de réouverture de la Scala de Milan – lui propose une tournée aux USA avec l’Orchestre philharmonique de Londres, dont il est le chef principal.

San Francisco

On retiendra de cette tournée le témoignage du critique musical du San Francisco Chronicle, Joshua Kosman, à l’issue du cinquième concert du 12 Mars 2006 : « (...) Si Minczuk méritait la médaille du courage au feu, la révélation de cette soirée fut Sergeÿ Khatchatryan, un violoniste arménien de 21 ans, qui exécuta l’oeuvre écrite en 1940 par son presque homonyme, avec une technique puissante et une résonance émotionnelle rares. Khatchatryan ne sait peut-être pas sourire sur scène – il sembla presque offensé par les tonnerres d’applaudissement qui saluèrent sa performance – mais une chose est sûre, il sait jouer du violon. Pour la plupart des mélomanes, le concerto de Khatchaturian, écrit pour et dédié à David Oïstrakh, offre une structure très carrée et un prétexte pour le violoniste d’éblouir l’auditoire encore et encore. Entre les mains d’un virtuose comme Khatchatryan, l’éblouissement fut complet. L’exécution du jeune soliste fut une oeuvre d’amour et une démonstration, non seulement de son métier d’instrumentiste, mais un acte de foi pour l’oeuvre elle-même ». â– 

Jean-Jacques Karagueuzian
Nouvelles d’Arménie Magazine N°127

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