
Au fil des ans
Née en 1967, Navasart apparaît progressivement sur les scènes et festivals internationaux. « Au début, nous étions une vingtaine. Mais, comme nous avions une exigence de qualité, nous avons réussi assez vite à nous imposer sur les scènes internationales et dans de prestigieux festivals aussi bien en Angleterre, en Italie, en Espagne, en Allemagne, qu’en France », précise Eddy. Bien vite, la troupe réussit son pari. Révéler le caractère vivant d’une culture trois fois millénaire.
D’ailleurs, des journaux comme
Le Guardian, Le Daily
Telegraph ou le New York
Times lui ouvrent même
leurs colonnes pour d’étonnants
papiers, sans oublier
ces passages télévisés sur la
1e chaîne allemande ARD, la
BBC et France 2.
Véritable inconditionnel de
la danse arménienne, Eddy
n’oublie pas l’époque de ses
premières armes au sein du
Ballet Sossi.
Lorsqu’il se tourne en
arrière, jamais il n’aurait pu
imaginer être à l’origine d’un
tel résultat. « Pour être franc,
quand on crée quelque chose,
on ne sait jamais où l’on va »,
avoue-t-il.
Osant prendre des risques, la
troupe se retrouve alors dans
des situations qui autrefois
lui semblaient du domaine
du rêve. « Quand j’ai fondé
Navasart, si on m’avait dit
que l’on franchirait six fois
l’Atlantique et que l’on
traverserait la Méditerranée,
cela m’aurait paru complètement
absurde et irréaliste ;
d’autant plus dans le contexte
politique de l’époque. Et
pourtant, on a fait tout ça »,
s’exclame joyeusement Eddy.
Tout naturellement, au fil
des années, le nombre des
membres s’accroît et les
générations se renouvellent.
Audace et succès
Animés par la passion de la
danse, tous adhèrent à un
projet commun. D’ailleurs,
convient volontiers Eddy,
« tout seul, on ne peut rien
faire ».
Complètement atypique, le
parcours de cet ensemble
culturel issu de la diaspora
fait pâlir d’envie bon nombre
de professionnels du
spectacle. « Je connais pas
mal de gens du show-biz ici,
en France. Ils ont du mal Ã
réaliser tout ça ! », poursuitil
avec insistance. Et
pourtant si ! Navasart a bien
rempli 8 fois le Royal Albert
Hall de Londres avec 6 000
spectateurs à chaque représentation
ou dansé devant
un parterre de 5 500
personnes au Zénith de
Paris, pour le 20e anniversaire
de sa création.
Portés par leur désir de diffuser
la culture arménienne
auprès d’un large public, les
danseurs de Navasart se distinguent
aussi dans nombre
de festivals, aussi bien en
France qu’à l’étranger.
Lors de ses premiers prix, la
troupe est traitée en vedette,
au même niveau que des
ensembles internationaux
professionnels, alors même
qu’elle n’est pas dotée des
mêmes possibilités techniques.
C’est pourquoi la troupe reçoit des invitations de partout. Certaines proviennent même de continents encore non visités et, surtout, de milieux non arméniens. Il est loin le temps où, en 1971, la troupe se produisait pour son premier grand spectacle à la Salle Pleyel, en compagnie de deux autres troupes arméniennes de Paris.
Un choc
Mais c’est en 1976 que
Navasart se lance dans un
formidable pari. Inviter l’ensemble
de danses d’Arménie
au grand complet.
Dans toute la communauté
artistique arméno-française,
ce fut le choc. Brusquement, cette troupe d’Etat de 70
membres, dirigée par Vanoush
Khanamirian, apporta une
autre vision de la danse
arménienne. Une image plus
libérée, véritable bouffée
d’oxygène artistique et créatrice,
s’imposa alors Ã
l’époque aux différents musiciens,
danseurs et ensembles
de l’hexagone.
Palais des Congrès
Secondé aujourd’hui par
les chorégraphes d’Arménie,
Armen Tchiloyan, Catherine
Darbinian et Aram Arzoumanian,
Eddy évoque
maintenant ce nouveau défi
conçu d’arrache-pied, où se
mêlent nombre d’effets visuels
pour une mise en
scène renouvelée : le spectacle
du 40e anniversaire de
la troupe.
Avec plus de 700 nouveaux
costumes créés par Sylvie
Dequivre, les 100 artistes
(dont 70 danseurs, 16 musiciens
et des figurants)
fouleront les planches du
Palais des Congrès sur les
traces de l’histoire d’une
nation en quête d’autonomie
culturelle et spirituelle.
Remarquée pour ses danses,
Navasart s’est aussi construite
une belle réputation Ã
travers son orchestre live
d’instruments traditionnels
où s’entremêlent chevi,
dehol, doudouk, kanone, tar
et saz. Néanmoins, au Palais
des Congrès, de nouvelles
sonorités plus contemporaines
issues de l’accordéon,
de la basse, de la clarinette,
du violon, de la guitare, du
clavier et de la batterie se feront
aussi entendre, accompagnant
ainsi l’évolution de
l’histoire et de la danse
arméniennes.
Relayé par une campagne de
presse, le spectacle du 40e
anniversaire de Navasart
offre aussi une visibilité de la
culture arménienne ancrée
dans l’Année de l’Arménie
en France.
Pour l’amour de la danse
Outre cette vie dédiée Ã
Navasart, Eddy ne peut
s’empêcher de raconter une
autre histoire qui lui tient
tout autant à coeur. Depuis
25 ans, il dirige des cours
dans de très nombreux pays
(Angleterre, Irlande, Norvège,
Suisse, Allemagne,
Belgique, Hollande, Italie,
Espagne, Suède, Etats-Unis),
semant ainsi l’amour de la
danse arménienne dans le
coeur de plus de 10 000
élèves.
Bien que non Arméniens,
ceux-ci n’en finissent pas de
se lancer avec ardeur dans
une multitude de pas. Emportés
dans leur élan, ils
deviennent très vite de vrais
fans de l’Arménie et de sa
culture.
Pour Eddy, cet engouement
relève de l’extraordinaire car
« personne n’est Arménien »,
souligne-t-il. Les plus téméraires,
en Allemagne, en
Hollande et en Suisse, n’ont
même pas hésité à former
des troupes de danses
arméniennes avec costumes
et musiques traditionnels,
au son du zourna et du
dehol.
Pleines d’énergie et de
sensualité, les prestations de
Navasart emportent l’adhésion
de tous les publics,
allant même parfois jusqu’Ã
une vraie communion.
Souvenirs
Comment donc ne pas oublier
cette standing-ovation
sur le sol de la mère patrie !
C’était en 2001. L’Opéra
d’Erevan était plein Ã
craquer. Subjuguées, les
personnalités artistiques du
pays se lancèrent alors dans
quelques discussions chorégraphiques.
Puis, ce fut Stépanaguert. Un
moment unique et l’un des
meilleurs souvenirs d’Eddy. A
la tombée du jour, la scène,
dressée au milieu du stade, se
recouvrit d’un manteau de
nuit. Aussitôt, surgis de nulle
part, les phares des voitures
l’illuminèrent comme par
enchantement. Et le spectacle
se poursuivit… C’est alors
que la magie redoubla de plus
belle. Venu en masse, le
peuple du Karabagh se précipita
dans l’herbe du stade
pour se mêler aux danseurs et
musiciens. Ce fut une fête
mémorable. Une fusion
extraordinaire, inscrite pour
toujours dans l’histoire de
Navasart.