
« Les premières dénonciations sont des initiatives individuelles, comme l’art de la journaliste libertaire et féministe Séverine, disciple de Jules Vallès, dans La Libre Parole du 3 Février 1895, ou les publications du Révérend Père Félix Charmetant, Directeur général de l’oeuvre d’Orient. Tandis que les arménophiles unissent leurs efforts et organisent des conférences avec des intellectuels, des artistes et des écrivains, comme Victor Bérard, Pierre Quillard, ou Anatole France, le mouvement se politise. Georges Clemenceau montre l’exemple. Il est bientôt rejoint par des parlementaires de toutes tendances, comme Deny Cochin et Albert de Mun, pour la droite, Jean Jaurès et Camille Pelletan pour la gauche. Dans le sillage des nombreuses répliques au Livre jaune de 1897, où le Gouvernement français livrait, sous la pression de l’opinion publique, une version délibérément affadie et tronquée des événements, le bi mensuel Pro Arménia devient, à partir du 25 Novembre 1900, l’organe fédérateur des groupes arménophiles. Grâce à lui le mouvement atteint une dimension européenne.
A l’évidence, Clemenceau, Jaurès, Anatole France et Romain Rolland suffiraient à eux seuls à montrer la grandeur du mouvement ; mais à vrai dire, tous les noms des arménophiles mériteraient d’être commentés. Débordant la classe politique, enfermée dans les jeux pervers de la diplomatie, cette élite intellectuelle a en réalité sauvé l’honneur de la République en respectant la véritable universalité de ses principes. »
Jean-Pierre Mahé
4 avril – 24 juin 2007
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