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Nouvelles d’Arménie Magazine N°127

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Armenia Sacra - Article extrait du magazine Nouvelles d’Arménie

Louvre : l’extraordinaire exposition Armenia Sacra

Du 21 février au 21 mai 2007, le Louvre réunit plus de 200 oeuvres hautement symboliques de l’Arménie. L’exposition présente l’art chrétien des Arméniens depuis leur conversion jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Des khatchkars monumentaux aux enluminures des manuscrits les plus anciens, la collection est exceptionnelle, du jamais vu en France.


- Exposition Armenia Sacra

Les unes après les autres, les grandes dalles de pierre se dressent, exhibant leur croix sculptée. Cette fois-ci, l’initiation trace son chemin dans les fossés du Louvre médiéval. Depuis l’entrée de la pyramide jusqu’à l’exposition, une trentaine de khatchkars venus d’Arménie trône, en ordre chronologique. D’une pierre à l’autre, le visiteur fait un pas de plus vers l’art sacré de l’Arménie. Au bout du chemin, c’est la galerie de Melpomène. On dirait presque une basilique.

Deux cents objets

La présentation est idéale, les pièces exceptionnelles. Oeuvres d’orfèvrerie, reliquaires, broderies, quelques monnaies, une dizaine de khatchkars de plus, et au milieu de tout ça, des manuscrits parmi les plus anciens qui soient, l’exposition réunit plus de 200 objets, choisis, un par un, dans les musées arméniens. Trésor du Saint-Siège d’Etchmiadzine, Musée d’Histoire de l’Arménie, Bibliothèque du Matenadaran à Erevan, tous ont accepté de prêter des pièces de leurs collections. Un soutien sans lequel Armenia Sacra n’aurait pas vu le jour. Le résultat valait bien l’effort conjoint du Louvre et des institutions arméniennes. Jamais on n’avait vu en France un tel ensemble de khatchkars.

Mise en scène

Toutes ces pierres pèsent des tonnes. Chacune d’entre elles doit être assurée, transportée, dressée, et présentée d’une manière qui permette au visiteur de percevoir la valeur des objets. Pour Jannic Durand, conservateur en chef du département des Objets d’art du musée du Louvre, « la sacralisation d’une mise en scène devrait pouvoir en rendre compte ». Découvrir les sculptures des khatchkars tout en se figurant leur environnement réel grâce au choix d’une disposition, l’idée fonctionne. Elle aide le visiteur à mieux comprendre, comme si les lieux avaient aussi leur pédagogie.

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Khatchkar de Margaré - XIIIe-XIVe siècle
Tuf. Paris, musée du Louvre, département des Sculptures.

Force des oeuvres

Parce ce qu’on est au Louvre et parce que le public français, sans doute, est exigeant, l’exposition tente de donner des clés de lecture sur l’art chrétien d’Arménie. « N’y aurait-il pas de cartel, ni d’explications, les oeuvres ont une force telle que, même hors contexte, elles frappent », explique Jannic Durand. L’exposition donne forme à l’Arménie sacrée. Le choix pourrait resserrer l’intérêt du visiteur sur une partie de la culture arménienne, mais donner à voir l’art religieux des Arméniens depuis leur conversion jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, c’est embrasser bien plus. Peut-être cela permet-il de toucher leur identité. Jannic Durand revient ainsi sur les raisons qui l’ont poussé à considérer cet angle d’approche : « La religion est un élément clé, elle a été le ciment de l’unité de la nation. Lorsque le royaume d’Arménie disparaît en 428,il n’y a plus d’Etat.La religion est alors un refuge de l’identité. Même l’emploi de l’écriture a quelque chose de sacré ».

Cilicie au XIIe siècle

Il explique encore que pendant le déclin du Califat, des royautés arméniennes ont tenté de s’instaurer : « Ã  chaque renouveau étatique, il y eut un renouveau artistique ». En témoigne l’époque du Royaume arménien qui s’installe en Cilicie au XIIe siècle. Le raffinement de l’art arménien atteint alors des sommets. Des chefs-d’oeuvre de manuscrits sont réalisés comme Les Elégies de Grégoire de Narek (1173), l’Evangile de Malatia (1268), le Lectionnaire du roi Hétoum (1286) ou encore l’Evangile dit des huit peintres (1320). Au-delà du chef-d’oeuvre, les pièces présentées sont parfois de véritables témoignages. Ainsi, dans le recueil de textes relatifs à l’Histoire arménienne (XVIe siècle), des peintures illustrent somptueusement saint Grégoire en train de prêcher devant le roi Tiridate changé en sanglier pour ses méfaits, puis le roi reprenant forme humaine après sa conversion. L’épisode légendaire est fondateur du christianisme arménien. De même, le petit manuscrit de Mesrop Machtots aide à la compréhension d’une histoire.

Quel âge d’or ?

Il comporte des peintures du moine, à qui Dieu a révélé l’alphabet arménien, en train d’écrire. Pour Jannic Durand, ce manuscrit trouve parfaitement sa place dans l’exposition. « Je tenais absolument à ce qu’il y ait une représentation pour dire qu’il a inventé l’alphabet. C’est un manuscrit de 1776, avec quelques influences occidentales, qui est indispensable pour le propos de l’exposition ». Et puis il y a les incontournables, certains des plus anciens feuillets peints sur parchemin conservés au monde. Ceux-là sont réunis dans l’Evangile d’Echtmiadzine. En traversant les six sections chronologiques de l’exposition, leurs enluminures, leurs pierres monumentales et leur lot d’explications, le visiteur se demandera peutêtre s’il est un âge d’or de l’art arménien. Le Ve siècle pour la traduction des textes ? Le VIIe pour le grand renouveau de l’architecture peut-être ?

Trésors d’orfèvrerie

A moins que ce ne soit le Xe et le XIe siècles pour leurs chefs-d’oeuvre de manuscrits  ? Ce serait oublier le 13ème siècle qui a laissé des trésors d’orfèvrerie. La multitude de temps forts à travers les époques laisse perplexe. Pour M. Pétrossian, mécène français de l’exposition, « les Arméniens ont une sensibilité que les autres n’ont pas et qu’ils ont été obligés d’exacerber. Ils ont la force de leur souffrance. Ils ont une créativité indéniable qui se reflète dans la diversité extraordinaire de leur art ». Spécificité Armenia Sacra permet surtout de répondre à une question qui brûle les lèvres, celle de la spécificité d’un art au confluent de toutes les influences, celle du génie artistique de la métamorphose.â– 

Caroline Papazian
Nouvelles d’Arménie Magazine N°127

Illustration haut : Un feuillet de l’Evangile d’Etchmiadzine : Annonce à Zacharie VI-VIIe siècles / Parchemin


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