
Aïvazovski (1817-1900), la poésie de la mer, présentation de l’exposition
Depuis Noé et son Arche
d’Alliance échouée sur les
hauteurs du Mont Ararat, les
peintres arméniens ont gardé
une nostalgie de la montagne et de la
mer. De cet attrait, il reste notamment
un témoignage poignant, celui d’un
artiste, d’un peintre, d’un poète : Ivan
Aïvazovsky (1817-1900).
Ivan Aïvazovsky est né sur les bords de la
mer noire à Théodosia le 17 juillet 1817.
Riche commerçant, son père sera ruiné
par l’épidémie de peste de 1812.
Ivan Aïvazovsky débute sa vie dans sa
ville natale comme garçon de café, et ses
premiers dons vont être musicaux. Mais
ses dons artistiques ne vont pas s’arrêter
là , et le dessin est un plaisir qu’il exprime
avec talent sur les murs de sa ville. Il
attirera l’attention du gouverneur de la
région qui le présentera au lycée.
Si par la suite se révélera chez Ivan
Aïvazovsky une touche romantique plus
ou moins taxée de réalisme, l’attirance
pour le tumulte, les infinis marins, le fera
classer de son vivant, parmi les peintres
de la mer, ce qui lui ouvre en cette Année
de l’Arménie, les honneurs des salons
parisiens du musée de la Marine.
Les prémices d’un génie
Le parcours pictural d’Ivan Aïvazovsky
débute en 1833, soit trois ans après son
entrée au lycée de Simfédor, à la suite
duquel il est admis à l’Académie des Beaux
Arts de Saint-Petersbourg. Ses talents
d’artiste sont rapidement reconnus, et en
1838 il est déjà médaillé par trois fois.
Son ouverture au monde et plus particulièrement
sur les océans, débutera en
1836 par une première croisière en
Baltique, suivie trois ans plus tard par
une autre en mer Noire.
Il semble que ces approches maritimes
lui ouvrent le goût des horizons lointains
et c’est en qualité de boursier qu’il visite
Amsterdam, avant de participer à des
expositions parisiennes et londoniennes.
La fréquentation des transparences
marines, le dispute avec celle des reflets
dans lesquels persistent les mouvements des eaux, souvent recouverts dans les
toiles d’Ivan Aïvazovsky par les menaces
potentielles du grondement des éclairs et
des flots.
Mais avant tout, c’est le vent du large qui
l’attire et qui devient son élément d’inspiration.
Car un an après son retour en
Russie, Ivan Aïvazovsky reprend la mer
pour parcourir les côtes d’Asie Mineure.
Ce qui le mène jusqu’en Grèce où il prend
conscience de l’esprit national et de la
tragédie qu’il fait naître. C’est avec ses
moyens d’artiste que l’humaniste Ivan
Aïvazovsky va chercher à informer les
capitales occidentales du drame mortel
que provoque l’occupation turque.
Sa maîtresse, c’est la mer.
Plus que tout autre, il donne une personnalité
aux océans, il offre une physionomie
aux flots, il dénude les étendues
marines, rend leur matière désirable,
mais toujours forte d’une puissance
potentielle et active.
Ivan Aïvazovsky va sculpter les rides des
eaux, et pour leur étendue, leur donner
une voix dont les chants font danser les
corps des amoureux des rivages, au
rythme des exhalaisons du vent sorti de
la bouche des dieux antiques.
En quelques touches, les instruments du
souffle se laissent attendrir par les
cordes du violon, tandis que la vague fait
tambouriner les roches brunes.
Alors se lève une bise qui fait voler le voile
mauve de la surface des eaux, pour
qu’éclate la blancheur virginale d’une
écume encore vierge. L’émotivité
poétique, mais aussi puissante d’Ivan
Aïvazovsky, surgit sur ces toiles avec une
force d’expression telle que développée dans un autre
domaine par un Victor Hugo, ce qui fait
voir le monde à Ivan Aïvazovsky sous un
angle très particulier. Artiste sensible,
mais sans mièvrerie, il est poète, mais
s’exprime avec force et conviction.
En un mot : Ivan Aïvazovsky est pardessus
tout sincère, et sait transmettre aux
autres ses sensations rendues audibles
grâce au filtre de sa sensibilité exacerbée.
En 1846, Ivan Aïvazovsky n’expose que
dans sa ville natale, mais cette unique
manifestation sera suivie par sa
nomination de professeur à l’Académie
de Saint-Petersbourg. Cependant deux
ans plus tard il se voit, et pour la
première fois, confier les cimaises de
Moscou, exposition qui se prolongera
par deux autres les années suivantes.
En 1854, Ivan Aïvazovsky, sensibilisé aux
problèmes des conflits, témoignera avec
force et conviction dans ses toiles, des
combats ou du siége de Sébastopol. Ce sera
également pour lui l’occasion de réaliser
des oeuvres traitant de la bataille navale.
En 1857, sa renommée devenue universelle,
c’est Paris qui l’applaudira durant
sa nouvelle exposition.
Entre temps, sa nomination de cadre Ã
l’Académie de Saint-Petersbourg lui
permet d’enseigner dans son propre
atelier de Théodosia, d’où il complètera
sa série sur la lutte du peuple grec pour
son indépendance.
Académie de Florence
Mais la passion des voyages est en lui et,
après une incursion dans le Caucase en
1868, l’année suivante on le voit en
Egypte, attiré par sa curiosité encore plus
attisée par l’ouverture du Canal de Suez.
Cependant l’Italie et la France étant les
deux principales capitales des Arts picturaux,
Ivan Aïvazovsky sera exposé à Nice
et à Florence.
Est-ce à une de ses toiles maîtresses, L’arc
en ciel, peint en 1873 qu’il le doit ? Ivan
Aïvazovsky est élu à l’académie de
Florence où il réalise un autoportrait
pour la prestigieuse galerie des Offices.
Après son troisième passage sur les
cimaises parisiennes en 1879, dans la très
célèbre galerie Durant–Ruel, et la fondation
d’une école de peinture dans sa ville
natale, Ivan Aïvazovsky va parcourir la
Volga en ayant peint, un an avant, sa
désormais célèbre Mer Noire.
Puis en 1890, c’est Paris qui l’accueille
pour la quatrième fois, sur la route
qui le mènera jusqu’ à Washington,
New York et les Chutes du Niagara.
Chef-d’oeuvre
Plusieurs oeuvres vont alors voir le jour,
mais c’est deux ans avant sa mort
survenue le 19 avril 1900, qu’Ivan
Aïvazovsky réalisera un de ses plus grands
chefs-d’oeuvre avec Dans la vague. Une
vague qui est le juste aboutissement d’une
longue lignée de marines. Même si c’est
elle qui est la plus célèbre, les vacarmes de
la mer vont souvent balayer son oeuvre.
Tumulte, certes, mais aussi calme et
douceur. Cependant quel que soit le sujet,
sa teneur en sera celle de l’harmonie, celle
de la force, celle de la beauté.
De l’oeuvre immense par le nombre,
(10 000 toiles) et par le soutien de leur
qualité, c’est un des plus vastes parcours
picturaux des océans jamais réalisé
durant ce XIXe siècle, que créera Ivan
Aïvazovsky. â–
[Illustrations : Haut - Les pêcheurs au bord de la mer ]